L'expédition de Magellan

Depuis le premier retour de Christophe Colomb, navigateurs et cartographes avaient des doutes sur la véritable identité des côtes que le Génois avait atteintes : était-ce l'Inde ou la Chine ? Et que représentaient ces terres : un archipel ? un continent ? La mer s'étendait-elle encore au-delà ? Amerigo Vespucci répondit à la première question par ses explorations, qui révélèrent qu'un très vaste continent s'étendait dans cette région ; Balboa répondit à la deuxième question en découvrant qu'un autre océan s'étendait de l'autre côté de l'Amérique centrale. En 1500, Pedro Alvares Cabrai parvint jusqu'au Brésil, et, vers 1515, on connaissait toute la côte du Brésil actuel. Mais le problème qui a poussé Christophe Colomb à entreprendre son long voyage n'est pas pour autant résolu. Il reste encore à découvrir la route de l'Inde par l'ouest. Existe-t-il un passage vers cet océan ? Où donc ? C'est alors que quelqu'un prétend le savoir : Fernao de Magalhaes (Magellan)... un grand du Portugal.

Il faut de l'argent, beaucoup d'argent, pour organiser une expédition ; Magellan, disgracié par son roi, propose tout simplement au roi d'Espagne de... s'associer à lui !... Et sa proposition est acceptée.

Magellan

Rétracter -

Sommaire
  1. "Sire, tout vous appartiendra"
  2. Un changement considérable
  3. Tant de chemin pour... des épices !
  4. Le "film" de l'expédition
    1. 20 septembre 1519
    2. 13 décembre
    3. 10 janvier 1520
    4. 31 mars
    5. 26 août
    6. 18 octobre
    7. 28 novembre 1520 - 6 mars 1521
    8. 27 avril
    9. 6 novembre
    10. 21 décembre
    11. 19 mai 1522
    12. 9 juillet
    13. 6 septembre
    14. 1526
  5. Quelle a été l'utilité de la route découverte par Magellan ?

"Sire, tout vous appartiendra"

Magellan prête au roi le serment solennel de "découvrir des îles, des terres, et des quantités d'épices". Tout lui appartiendra. En échange le roi lui fait la déclaration suivante :

"Par notre grâce et volonté, vous serez récompensé de la fatigue de ce voyage : il vous sera permis de garder un cinquième du gain net obtenu, abstraction faite des dépenses causées par la flotte. Et afin que vous puissiez exécuter votre projet, nous mettrons à votre disposition cinq navires : deux de cent trente tonneaux, deux de quatre-vingt-dix et un de soixante tonneaux, avec équipages, vivres et armes pour deux ans. Vous aurez deux cent trente-quatre hommes, comprenant capitaines, maîtres d'équipage et mousses.

Nous vous promettons tout cela ; recevez-en notre royale parole : nous entendons vous protéger, et nous signons de notre nom.

Moi, le Roi.

Valladolid, 22 mars 1518."

Un changement considérable

Magellan charge ses navires de vivres de toutes espèces : 21 383 livres de biscuits de mer, 570 livres de viande salée, 480 livres d'huile, 1 120 livres de fromage, 1 700 livres de poisson, 200 barils de sardines, 238 douzaines de poissons séchés, des lentilles, des haricots, des petits pois, de la farine, du miel, des oignons, des figues sèches, du sel en grosse quantité.

Les différents équipages se composent de marins de toutes nationalités ; sur les 260 hommes qui participent finalement à l'entreprise, 178 seulement sont des Espagnols, 40 autres sont Portugais, une trentaine Italiens, d'autres Français, Allemands, Grecs, Anglais, Noirs et Malais, ces derniers devant servir d'interprètes une fois arrivés à destination.

Tant de chemin pour... des épices !

Les clous de girofle sont parmi les épices les plus recherchées. A Londres, où les Portugais les déchargent dans le port, un quintal coûte 400 ducats ; à Calicut (Inde), où ils sont déposés par des marchands malais, ils ne coûtent que 100 ducats ; et aux Moluques les fameuses îles des Épices, 4 ducats seulement ! Les Portugais sont déjà parvenus en ces lointaines îles en contournant l'Afrique ; ils y ont même établi des colonies. La route des Indes est "entre leurs mains" et ils gardent le cap de Bonne Espérance. Magellan cherchera donc à gagner les Indes en passant par le sud de l'Amérique.

Le "film" de l'expédition

20 septembre 1519

La flotte lève l'ancre à San Lucar, port espagnol à l'embouchure du Guadalquivir.

13 décembre

La flotte accoste dans la baie de Rio de Janeiro et y reste quelques jours pour faire provision de vivres et remettre en état les bateaux. Puis, toutes voiles dehors, c'est le départ pour la phase décisive du périple : la recherche de la route de l'ouest.

10 janvier 1520

La côte s'incurve vers l'ouest ! Une vaste étendue d'eau s'avance entre les terres : c'est sans doute le détroit que l'on cherche. En avant donc ! Mais que le temps semble long ! Il faut deux semaines aux lourds vaisseaux pour se glisser entre les deux rivages qui, au lieu de s'entrouvrir sur un autre océan, semblent se rapprocher de plus en plus l'un de l'autre... Magellan s'est-il trompé ? Effectivement, il ne s'agit pas d'un détroit, mais d'une très vaste embouchure : celle du rio de la Plata.

31 mars

Chaque baie, chaque sinuosité est explorée, faisant perdre beaucoup de temps, et l'hiver austral est proche. Dans la baie de San Julian, Magellan décide de faire hiverner la flotte ; il fait partager les rations de vivres et entreprendre la restauration des bateaux. Carthagène, Quesada et Mendoza profitent du mécontentement des hommes pour déclencher une révolte : le navire amiral se voit soudain placé sous les canons des trois bateaux mutinés ; seul le petit Santiago demeure fidèle. Magellan réussit à s'emparer des mutins et fait exécuter les équipages de Quesada et de Mendoza ; quant à Carthagène, il l'abandonne avec ses complices.

À la fin du mois de mai, le Santiago part en reconnaissance vers le sud et, quelques semaines plus tard, des matelots reviennent exténués, par voie terrestre ; leur bateau a fait naufrage, ils se sont sauvés à grand-peine. Les tempêtes de l'hiver font rage, et la flotte ne peut reprendre son voyage que le 24 août.

26 août

On navigue depuis deux jours à peine, quand la tempête oblige les navires à s'arrêter de nouveau. Magellan commence à douter du succès de l'entreprise : il s'arrête deux mois encore à l'embouchure du Santa Cruz, d'où, sans s'en douter, il n'est qu'à quelques jours de navigation du passage si anxieusement recherché.

18 octobre

Les quatre navires ayant remis à la voile ne tardent pas à rencontrer un promontoire derrière lequel s'ouvre une baie. Cette fois, est-ce encore un fjord ? Deux des bateaux partent en reconnaissance. Ils reviennent bientôt en rapportant la nouvelle attendue : c'est peut-être le fameux passage. La flotte entière s'avance dans l'étroite voie d'eau, bordée de falaises à pic. La nuit, les indigènes font des feux ça et là sur les rochers : aussi appellera-t-on ce pays la Terre de Feu, et le passage détroit de Magellan.

À naviguer ainsi entre les rocs sur 600 km, il semble qu'on approche des portes de l'Enfer. Certains n'osent pas s'y aventurer : Estêvao Gomez, pilote du San Antonio, enferme son capitaine et dirige la proue du bateau vers l'est, pour s'en retourner. Magellan croit que le navire a fait naufrage ; il s'efforce de le rechercher, mais doit bientôt se persuader de l'amère vérité. Le San Antonio était le plus gros bateau, celui qui portait le plus de vivres. Quelques mois plus tard, il aura regagné l'Espagne ; pour qu'on ne l'accuse pas de désertion, son équipage fera du voyage un récit inexact. Les trois derniers bateaux continuent pourtant vers l'ouest et, quelques heures plus tard, entrent dans les eaux du Grand Océan, cet inconnu.

28 novembre 1520 - 6 mars 1521

Ils mettent cent dix jours à le traverser. Il est si calme qu'on l'appelle océan Pacifique. Toutes les réserves de vivres et d'eau sont épuisées ; les hommes doivent se résoudre à manger les souris du bord et les garnitures de cuir bouilli, lorsque, à nouveau, la terre apparaît au large : ils ont traversé l'océan et abordent dans des îles où abondent des fruits de toutes sortes, où coulent des sources limpides : ce sont les îles Mariannes et les Philippines.

Les indigènes font aux Espagnols un accueil amical, et le souverain des Philippines étant en guerre contre celui de l'île de Mactan, Magellan l'assure de son aide.

27 avril

Guidés par l'amiral, quelques matelots armés débarquent à Mactan, mais les voici attaqués par plus de mille indigènes ! Atteint par une flèche tandis qu'il lutte pour permettre à ses matelots de reprendre la mer, Magellan s'affaisse sur la plage. L'expédition perd son chef. Le roi de Cebu, déçu par la défaite des Espagnols, leur prépare un guet-apens : il les invite à un banquet où ils seront tués ou faits prisonniers.

Sur les 260 hommes qui sont partis, il n'en reste que 114 : trop peu pour diriger trois bateaux. Il leur faut abandonner aux flammes l'embarcation qui est dans le plus mauvais état : le Conception.

6 novembre

Les deux navires qui subsistent naviguent pendant longtemps d'une île à l'autre, n'osant plus approcher, craignant à la fois les indigènes et les Portugais. En effet, les hommes de Magellan savent bien qu'ils approchent des colonies fondées par ces derniers ; leurs fiers concurrents commerciaux s'empareraient certainement d'eux, et les empêcheraient de rentrer dans leur patrie pour témoigner de leurs découvertes. Les voici pourtant en vue des fameuses îles des Épices (les Moluques), but de leur long voyage : les Portugais sont en déplacement, le moment semble propice.

21 décembre

Le Trinidad et le Victoria quittent les Moluques avec d'énormes chargements d'épices. Alors commence le voyage du retour, par l'autre moitié de la sphère terrestre. La route, cette fois, n'est pas inconnue, mais les mésaventures ne manquent pas plus qu'à l'aller.

En effet, peu de temps après leur départ, le Trinidad ayant une voie d'eau est obligé de retourner aux Moluques, où l'on craint de jour en jour le retour des Portugais : on décide alors que le Victoria repartira seul avec le plus gros chargement possible.

19 mai 1522

Après un trajet extrêmement long dans l'océan Indien, le Victoria double le cap de Bonne-Espérance. Il n'y a plus à bord qu'une trentaine de Blancs et une dizaine de Malais qu'on a embarqués aux Moluques pour en faire don, selon la coutume, au roi d'Espagne.

9 juillet

La faim et la fatigue contraignent le faible équipage à débarquer aux îles du Cap-Vert, possessions du Portugal. Ceux qui sont à terre sont capturés, tandis qu'au prix de mille fatigues les autres réussissent à lever l'ancre et à s'enfuir.

6 septembre

Au port de San Lucar ce sont 15 hommes qui rentrent au lieu de 260 ! Encore ont-ils avec eux trois Malais ! L'unique bateau qui subsiste, le Victoria, n'est plus qu'une carcasse en décomposition qui flotte à grand-peine. Mais 300 bons quintaux d'épices reposent dans sa cale : le roi Charles V, devenu l'empereur Charles Quint, en retirera bientôt une somme qui le dédommagera largement des dépenses de l'expédition.

1526

Quatre matelots survivants du Trinidad rentrent en Espagne. Qu'était-il advenu de l'ex-bateau amiral resté aux Moluques ?

Une fois ses avaries réparées, il était parti dans la direction de l'est pour traverser l'océan Pacifique et atteindre l'Amérique centrale. Mais il avait fait fausse route et s'était perdu au nord du Pacifique. L'équipage, faute de vivres, s'était trouvé réduit de moitié, et le bateau était retourné aux Moluques. Les Portugais, l'ayant capturé, vendirent les marins comme esclaves sur les marchés de l'Inde.

Quatre seulement réussirent à s'enfuir, et ce sont eux qui, aujourd'hui, se retrouvaient dans leur patrie.

Quelle a été l'utilité de la route découverte par Magellan ?

L'utilité commerciale de la route découverte par Magellan fut en réalité très restreinte. Le passage que l'on avait tant cherché se trouvait trop au sud : les bateaux faisaient une traversée longue et dangereuse dans les froides mers australes où fréquemment les tempêtes font rage.

Mais, résultat beaucoup plus important, on avait démontré que la Terre était ronde. Ce périple apporta une aide considérable aux cartographes, qui purent enfin tenter de dessiner un globe terrestre sans avoir trop recours à l'imagination...

Pour la première fois fut soulevé le problème du changement de date. En effet, quelle ne fut pas la stupeur des derniers marins arrivés de s'apercevoir qu'ils étaient en retard d'un jour sur le journal de bord, qu'ils avaient pourtant si scrupuleusement tenu à jour !

carte de l'expédition

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